La Transquadra est une course transatlantique en solitaire ou en duo, pour des voiliers entre 8 et 12m, réservée à des amateurs de plus de quarante ans.
Elle est organisée par des bénévoles du Club Nautique Hoedicais, tous les trois ans depuis une vingtaine d’année et disputée entre Saint-Nazaire et Le Marin en Martinique. Elle se déroule toujours en deux étapes, la première en juillet jusqu’à Madère, et la seconde en février pour profiter des alizées, fréquents à cette saison.
Nous participons à cette course sur un Pogo 8,50 et nous nous apprêtons à retrouver notre bateau à Madère pour le départ de la seconde étape, le 28 janvier 2012. Nous avons vécu un grand moment (comme certains membres de l’YCO il y a quelques années) dans une ambiance de course amicale voire même familiale, « bon enfant » où le défi et le projet l’emportent sur la performance.
Nous avons baptisé le bateau Les Amis de l’Arche pour soutenir, avec des entreprises, l’association de l’Arche qui accueille des personnes adultes ayant un handicap mental, et en particulier la communauté du Caillou Blanc à Clohars-Fouesnant. C’est un projet qui s’est totalement intégré dans cette communauté.
Nous reprenons ci-dessous des extraits de nos réactions fin juillet au terme de la première étape :
« Dans quel état êtes-vous ?
Nous sommes arrivés à Porto Santo (Madère) dans la nuit de dimanche à lundi vers 4h (heure française), et accueillis par deux verres de bière et une douche (froide) au club naval local, qui sert de PC course. Heureux de notre sprint final réussi, et heureux d’avoir réussi notre défi. Le cœur était léger. Bien conscients aussi que l’étape aurait pu être plus dure et que notre bateau était adapté à ce vent portant.
Votre place ?
On a mis 6 jours et 13 heures avec une 38ème place en temps réel sur 55 concurrents en double et 29ème en temps compensé (jauge IRC). Les Pogos étant plus petits que la majeure partie de la flotte, il est normal que tous nous soyons en queue de classement, mais notre grande satisfaction, c’est notre deuxième place des Pogos sur 8 bateaux. Pour le moment, nous avons atteint notre objectif.
Votre duo ?
Il a parfaitement fonctionné : grâce peut-être à nos propres caractères (tous deux hommes de consensus rapide) mais aussi grâce à notre préparation : nous étions, techniquement, en phase: nos manœuvres nous les avions bien répétées. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas fait d’erreur, bien sûr, mais sur la durée c’était positif.
La (petite) taille du Pogo ?
Ce n’était pas le problème car nous voulions nous amuser. Bien sûr, c’est petit et spartiate, quand on veut se changer ou se reposer, c’est assez compliqué, surtout à nos âges. Mais on ne retient pas vraiment ce problème : on le savait avant de partir. On a plus souffert du bruit incessant et des difficultés pour trouver son équilibre : le bateau bouge tout le temps, il faut toujours se cramponner. Mais la taille du Pogo en fait un avantage : les manœuvres sont relativement aisées. On a écouté tous les commentaires des autres concurrents et nous n’avons pas connu toutes leurs difficultés.
Les moments difficiles ?
Nous n’avons pas trouvé de bonnes règles de sommeil. Même si tous les deux nous ne sommes pas de grands dormeurs, ce fut la principale difficulté. En principe, des quarts de 2 heures, mais chaque relève était un petit calvaire, et la veille toujours longue et fatigante. On a constaté par ailleurs, que les manœuvres ou même simples interventions étaient limitées dans la nuit quand on était hors des rails de navigation. Avec notre système AIS, on voit les cargos avec leur direction, vitesse et lieu de croisement précisément. Ils nous voient de même et ont dès lors l’obligation de corriger éventuellement leur cap. C’est sécurisant, même sous pilote.
La pétole devant le cap Finistère restera comme un moment où physiquement, certes, nous nous sommes reposés, mais un moment de stress car il fallait en sortir par tous les moyens. On était assez bien placé en entrant, on en est ressorti quasiment dernier. Apprendre par les classements deux fois par jour que les premiers chevauchaient allègrement à plus de 8 nds quand nous étions immobiles, était insupportable.
Enfin, la descente grand largue du Golf de Gascogne, avec les premiers moments d’adaptation, le mal de mer et l’humidité était aussi un moment difficile.
Les moments de joie ?
- être à la barre d’un bateau qui avance vite en vent trois-quarts arrière, avec des vagues à surf, une belle lumière, la nuit avec le clair de lune et les reflets argentés… c’était un grand moment.
- les messages que nous recevions tout le long de l’étape étaient incroyablement stimulants : c’était un plaisir et une fierté de se savoir soutenus comme cela.
- les dernières six heures de course ont aussi été un moment exceptionnel où il a fallu se battre pour « gratter » une place, avec lancement du spi et deux empannages en pleine nuit…
- l’ambiance des trois derniers jours, lorsqu’on était complètement seuls sur l’eau, avec personne à l’horizon, une impression exceptionnelle de plénitude, dans un autre monde, un monde où l’on peut méditer, se reprendre, se retourner sur soi…
Un message à transmettre ?
Quelle satisfaction personnelle d’avoir réussi un projet que l’on a structuré, organisé, à peu près maîtrisé tout le long de son déroulement. Maintenant qu’on y est, on a le sentiment d’avoir progressé soi-même. Rien n’aurait été possible sans ténacité, volonté et rigueur dans la mise en œuvre, et rien n’aurait été possible sans le soutien de nos familles, de nos épouses. Enfin et surtout, toutes ces sensations ont été dédoublées par la présence du Caillou Blanc : leur enthousiasme, leur dynamisme et leur cœur. Nous étions à tout moment soutenus par eux, c’était un projet avec eux, comme une grande famille, c’était un grand bonheur »
Madère le 20 Juillet 2011
Nous sommes équipés d’un téléphone satellite et nous pouvons échanger des mails, par l’intermédiaire de notre site www.lesamisdelarche-voile.org .
Lors de la deuxième étape, nous mettrons à jour quotidiennement notre blog. Nous espérons bien vous y retrouver…